Les Chroniques de Valentin

Bac blanc, perte de temps

C’est presque 2 ans plus tard. Même titre. Mais l'état d’esprit est différent.

7h55. J’ai cinq minutes d’avance. J’arrive au lycée. Je crois un camarade de classe. Bonjour. Bonjour. On part en direction de la salle 210. Bizarre personne n’attends devant la porte. On entre. Ils sont déjà tous assis. Il y a encore des gens qui croient qu’arriver en avance sert à quelque chose. Pourtant ce n’est qu’un Bac blanc. Mais ça ne rigole pas ici, c’est sérieux. La surveillante demande à certain-e-s de jeter leur chewing-gum. Premier geste d’autoritarisme inutile de la semaine, il est 8h01.

Je m’assois à la place qu’on me désigne. M’aperçois qu’on a pas de feuille de brouillon, le sérieux à ses limites. Finalement sur un éclair de génie je sors quelques feuilles vierges de mon sac. J’oublie de sortir ma carte d’identité mais visiblement tout le monde s’en fout. Distribution des sujets. C’est philosophie ce matin. "Peut-on désirer l’impossible?" Oui. Peut-être. Pourquoi pas. Désirer quoi ?

Je rigole un coup. Echange de regards mi-amusés, mi-désabusés avec mes camarades. Cris dans le couloir. Une camarade réagit agressivement : "Oh mais il va se taire celui-là?" Rires. Regards échangés. Puis calme. Tout le monde est penché sur sa table, tentant d’expliquer par quelque théorie la question philosophique posée. Bruissements de feuilles, stylo qi tombe, baillement. Concentration. Réflexion. Enfin tout du moins ça en a l’air.

Elle attache ses cheveux en chignon à l’aide d’un stylo bille. J’aime bien les cheveux de Elle. Ce genre de cheveux longs, qui frisent et bouclent, un peu crêpus, laissés libres et domestiqués à la fois.

J’aime ces moments. Envie de prendre des photos. J’aime les observer. Toutes ces personnes passionantes. Ils sont tous uniques et beaux. Chacun à une attitude, un regard, un geste, qui est beau, merveilleux. Chacun possède une richesse qu’il est impossible à mesurer.

...

J’ai envie de faire un avion en papier avec ma copie et de le lancer vers la surveillante. Mais je crains que ça ne soit mal perçu. Ou alors un Shadok en papier… Je ne veux pas travailler. Non, pas là, pas maintenant, à 8h47. Je voudrais écouter de la musique, discuter, écrire un roman, donner et recevoir de la tendresse, faire des avions en papier, peindre, me remettre au dessin, au piano, au djembé, jouer une pièce de théâtre, voir un film, rencontrer de nouvelles personnes, renouer le lien avec ceux et celles que j’ai perdu de vue, faire des bidouilles sur mon ordi, voir un concert, lire un roman, une bédé, un journal… Mais pas travailler. Non, pas travailler.

Au moins, être enfermé dans cette salle à quelque chose de bénéfique : je prends le temps d'écrire, regarder et apprécier les gens qui m’entourent. Par contre il fait froid. Et j’ai pas de musique. Je crois que c’est ça le pire. Le manque de musique.