Un rebut. Un assisté. Un inutile. Un grain de sable qui emmerde tout le monde. Un rien qui fait peur. Un néant qui met en évidence le raté que vous êtes.
Déjà gamin j'étais un raté. Le garçon qui pleure quand on le frappe. Celui qui fait dans son froc à l'idée d'aller à la récréation. Car il sait qu'il sera encore l'étranger, celui qui n'est pas sociable, celui qui reste dans son coin.
Les instituteurs pensaient avec raison que j'étais un raté. Même quand j'étais bon, j'étais nul. Même quand j'avais 20/20, je n'étais pas assez bon.
Dans les cours de sport j'étais (...)
De quoi je me nourris. De légumes. De fruits. De riz. De pâtes. De pizzas. De doughnuts. Mais pas que.
Je me nourris de vos cerveaux. De vos idées. De votre ennui. De votre mièvrerie. De votre gueule de con. De votre compte en banque. De vos tripes. De vos sueurs entremêlées. De vos cheveux abîmés. De ce que vous n'aimez pas chez moi. De ce que vous ne voyez qu'à travers mes yeux.
Parce que la vérité que vous ne voulez pas accepter c'est que vous êtes aveugles. Des gros cons avec des œillères qui ne savent pas ressentir la vérité du néant devant vous. Des tarés assoiffés (...)
Je me demande si je suis un flotteur. Ou une bouée. Un truc qui flotte au gré de l'eau, qui traîne sur l'océan infini, sans intention, sans direction, sans volonté propre. Un vieux morceau de bois qui dérive de jour en jour dans n'importe quel sens. Dans n'importe quel cap. Sans gouvernail, sans moteur, sans rien pour me guider, sans rien pour avancer, je flotte. Et quand je m'ennuie je regarde le fond de l'eau. Et je n'y vois rien.
Ce qui me donne cette impression. C'est que chaque fois qu'une fille se noie elle se raccroche à moi. Submergée par son chagrin, inondée par sa solitude, (...)
J'étais à un anniversaire. Une crémaillère. Une fête pour une occasion quelconque. Dans un jardin à la campagne. La nuit était tombée tôt malgré l'été, et nous avions quitté l'odeur de viande brûlée issue du barbecue et l'ombre des arbres fruitiers pour nous réfugier à l'intérieur. Là, assis sur des coussins posés par terre autour d'une table basse Ikéa, je sirotais une bière en discutant avec un mec de Paris. On parlait d'appareils photo. Je bavais comme un chien de pauvre sur son réflex numérique. Je l'essayais quelques minutes. Histoire d'immortaliser quelques (...)
Je me rendais chez P. pour que nous allions je ne sais plus trop où. À un concert. À une soirée quelconque. Peu importe. Sa maison était une sorte de demeure des années soixante ou soixante-dix, toute en béton, un peu à l'écart de la ville. Avec sur certains murs de la frisette en bois. Je déteste la frisette. Mais c'était dans le style de la maison. Il faut dire que ça représentait une certaine amélioration par rapport à son précédent logement, un appartement miteux du centre ville où les fenêtres ne fermaient pas. Je ne me souvenais plus vraiment comment elle avait pu (...)
Oui, depuis le temps que j'écris ces chroniques, je dois avouer que je me rends compte petit à petit que la plupart sont des lettres. Des lettres que je n'ose pas adresser directement aux personnes concernées. Alors je les écrit ici. Parce qu'on me prendrait pour un fou, un névrosé, ou pire, un poète, un vieil ado attardé, un gothique, un "emo" qui ne sait pas qu'il est has-been. Parfois un de ces destinataires fantôme parvient ici, se reconnaît dans tous les textes, sauf ceux qui le concerne. Soit c'est un problème d'égo dudit fantôme, soit c'est moi qui ne suis pas suffisamment (...)
C'est quand je pense à toi, comme ça, le soir, la nuit, le jour, une guitare à l'oreille, une douce voix qui murmure de si belles atrocités, que je me sens seul au monde, comme un cafard, comme un animal, un requin d'une race en voie d'extinction, le dernier tigre à dents de sabre, le dernier terrible panda, effondré dans ses larmes et ses lamentations, qui ne cherche rien d'autre qu'à être aimé, qu'à se sentir entouré, et pendant ce temps-là, toi qui t'éloigne d'ici, à des centaines de kilomètre-heure, pour me fuir, pour nous fuir, pour fuir le monde, celui-là même qui ne (...)
C'est ce que je me disais en regardant le festival de Cannes à la télé, pendant que les présentateurs-vedettes vomissaient leur grand vide, leur absence totale d'intelligence, à un débit ma foi plutôt habituel.
Je suis toujours déçu par le palmarès, mais je suis surtout toujours déçu de voir que ce défilé de mode des cinéastes les plus ennuyeux de notre époque existe toujours, année après année, malgré son inutilité.
Mais comme tout ce qui est gouverné par l'argent, ça vivote, pour le spectacle, pour l'abêtissement du public. Pour voir des films français de merde.
(...)
J'ai commencé par les bougies.
C'était sympa.
Un peu de chaleur.
Une lueur jaune-orangée.
Ça faisait un peu gothique.
Tout à fait dans la mode.
Puis j'ai continué avec des lanternes.
Pour faire steam-punk.
Genre XVIIIè siècle.
Typique Jack l'éventreur.
Un jour je passerais à l'électricité.
Peut-être.
J'aime pas quand tu me dis de fermer ma gueule !
Ça fait mal !
Si tu savais à quel point.
J'aime pas quand tu me dis que je ne vaux rien. Que tu as pitié de moi. Que tu me trouve stupide. Et moche. Que je ne fait pas le poids. Face aux autres. Face au monde. Face aux cons qui peuplent ce pays. Et dont tu es le roi.
Quand tu me parles. C'est comme une gerbe continuelle de vomi. Ça pue ! C'est gras, c'est laid, ça sent les tripes. Celles des connards. Que j'aimerais arracher à mains nues. À travers ta bouche ainsi ouverte. Comme une bite turgescente. La pomme d'adam en guise d'unique (...)
On voit des autoroutes, des hangars, des marchés
De grandes enseignes rouges et des parkings bondés
On voit des paysages qui ne ressemblent à rien
Qui se ressemblent tous et qui n'ont pas de fin
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché
On voit de pleins rayons de bêtes congelées
Leurs peurs prêtes à mâcher par nos dents vermillon
On voit l'écriture blanche des années empilées
Tous les jours c'est dimanche, tous les jours c'est
(...)
— Le monde selon Malaussène : avec amour ou sans amour ! Pas d'alternative. Le devoir d'amour ! L'obligation au bonheur ! La garantie-félicité ! L'autre dans le blanc des yeux ! Un univers de merlans frits ! Je t'aime ou tu m'aimes, qu'est-ce qu'on va faire de tout cet amour ? La nausée ! De quoi s'enrôler dans la horde des veuveurs !
— Les veuveurs ?
— Les veuveurs ! Les faiseurs de veuves ! Qui nous libèrent de l'amour ! Pour donner au moins une chance à la vie ! Telle qu'elle est ! Pas aimable !
(...)
— D'où ça te vient, cette religion de l'amour, Benjamin ? Où est-ce que (...)
Ce que je me demande c'est comment j'en suis arrivé là. À rester. Sans rien dire. Comme impuissant.
J'ai toujours été lâche. Je ne m'en défends pas. D'ailleurs, à quoi bon ?
Mais ça.
C'était dur.
C'était trop.
Ça ne me ressemblait pas.
Alors je me suis regardé dans un miroir.
Et j'ai vu.
Que j'étais toujours le même.
Hargneux. Vicieux. Coléreux. Un vrai poison. Insupportable.
Et j'ai compris.
C'était pour Claire. Tout ça. Tout ce bordel. Ce remue-ménage. Ces explosions. Ce n'importe quoi.
Mais c'était qui Claire ?
Je me pose toujours la question.
Adieu.
Je te quitte.
Toi, l'amoureux, toi, l'ambitieux.
Toi l'affreux, toi le bouseux.
Je ne te supporte plus.
Je crains même que tu ne sois contagieux.
Que tu ne me contamines de ton amour désastreux, défectueux, délictueux !
Moi, ce que je voudrais, c'est de la passion.
Mais tu es si ennuyeux.
Que je m'endors au crochet de tes récits, si fabuleux soient-ils.
Ils me paraissent tous fades, frauduleux ou foireux.
Tu me fatigue.
Avec tes yeux globuleux.
Fixés au milieu de ton visage hideux.
Bah ! Tu me dégoûtes !
Tout ce que tu dis.
Ça dégouline comme de la guimauve.
C'est (...)
Longs couloirs, foule pressée, odeurs parfois écœurantes
Je laisse choir mes pensées, sur ces filles méprisantes
C'est donc ça le métro, ce grand serpent de fer
Pour aller au boulot, les gens, le matin, s'enterrent
Dans ce décor fellinien, je fais semblant d'être à l'aise
Touristes, arabes, africains, ça fleure bon la genèse
Quand soudainement perdu, à la quête d'un repère
Je sors mon plan, déçu d'ignorer cet univers
Métro RER bus, tous ces points, toutes ces lignes
Toutes ces femmes enchanteresses à qui je voudrais faire signe
Métro RER bus, tous ces points, toutes ces (...)
Tout ce que je te donnerais c'est un Adieu.
C'est tout ce que tu mérites, sale Bouseux.
Non, je te répète que je suis pas Capricieux.
Mais je sais bien que ton cœur est Défectueux.
C'est pour cela que tu es toujours aussi Ennuyeux.
Je n'ai que faire de tes arguments Foireux.
Ton amour pour moi est fatigué, Gâteux.
Les mots qui sortent de ta bouche sont Hideux.
Tu as beau t'immiscer discrètement, tu restes Insidieux.
Je ne suis pas le coup que tu pensais, si Juteux.
Tu ne fous jamais rien, t'es un vrai Khâgneux.
Ta tendresse ! Ah ! Je ne te toucherais pas, Lépreux !
Arrêtes de te (...)
Je me souviens de tes yeux.
Je me souviens de tes cheveux.
De tes mèches.
De tes boucles.
Des formes.
Des déliés.
Je me souviens de ton épaule.
Où si souvent j'allais doucement poser ma tête.
Chercher un réconfort qui ne viendrait pas.
Je me souviens de tes mains.
De tes bras.
Dans lesquels tu ne m'embrassais pas.
Je me souviens de ton sourire.
Qui n'était jamais pour moi.
Je me souviens de ce que tu ne pouvais cacher.
De ce qu'on n'a pas vécu, tous les deux.
Des au revoir qu'on n'a pas eu.
Des rencontres qu'on n'a pas vu.
Je me souviens de ta nuque sur laquelle ma bouche allait (...)
Dear world...
Dear world and everyone in it,
I have noticed that over the years
you have tried to pass me by.
I have noticed that
you think I'm very strange,
and the way I think,
you might consider it to be wrong.
Dear world and everyone in it...
from the moment I was born,
I remember feeling different.
I remember thinking
I had a special kind of vision
that allowed me to see things
that you couldn't see.
I don't think I ever felt the same
as you felt and...
I'm not exactly angry about it,
it just seems that's the way things are.
I have to admit that I have spent
the (...)
— Voler est un devoir.
On est bien obligé de respirer pour survivre. On n'a pas le droit de refuser de s'évader quand au bout du couloir la porte est entrouverte. On ne tardera pas à être repris, humilié, jeté au cachot pendant des années. Mais on conservera dans la bouche le goût de la liberté, et malgré les bruits de clés, les cris de ceux qui vont se pendre dans la nuit, on se souviendra parfois d'être fier de n'avoir pas mené la vie d'un chien toujours prêt à lécher la main de son maître après qu'il l'a battu.
— Pour qu'il lui donne sa pâtée.
Ce qui nous manque, c'est l'espoir. Pas l'espoir d'un monde meilleur. Ou de lendemains qui chantent. Ou de poursuivre le bonheur, ce sale petit connard de bonheur, qu'on ne pourrait jamais rattraper de toutes manières.
Non, l'espoir, le rêve, la magie, les étoiles dans les yeux, les papillons dans le ventre. Ce qui nous fait briller les mirettes, ce qui nous donne un pincement au cœur, une boule dans le ventre, ce qui nous fait rêver, imaginer, fantasmer, ce qui nous fait nous envoler, nous faire lâcher terre, bref nous faire mouiller quoi merde ! C'est ça qui manque !
C'est (...)